Béatrice Mazzuri, article par : « Art et Design »
Article publié par : « Art Design »
Entre matière et mémoire…
Chez Béatrice Mazzuri, la peinture invite le regard à franchir la surface de la toile. Installée en Suisse, l’artiste développe une œuvre unique, à la croisée de l’abstraction lyrique, de la photographie et d’une profonde quête spirituelle.
Ses grands formats, traversés de transparences, de silhouettes et de visages à demi apparus, nous ouvrent un véritable espace intérieur…
La liberté du geste
Enfant, Béatrice s’amusait à recopier les œuvres d’une encyclopédie du dessin, développant déjà un goût marqué pour l’observation. Elle commence par travailler à la sanguine, avant de se tourner vers la peinture à l’huile et les paysages impressionnistes.
À l’âge de vingt et un ans, elle part vivre en Suisse. Son parcours prend une nouvelle direction lorsqu’elle traverse un deuil difficile. Pour exprimer son chagrin, Béatrice se tourne vers l’abstraction lyrique. La couleur, la matière et les mouvements de la main prennent le relais des mots.
Depuis, Béatrice Mazzuri privilégie les très grands formats. Elle travaille par terre, au plus près de la toile. Cette position lui permet de circuler autour de l’œuvre et de laisser le geste s’y inscrire librement. La peinture devient alors une expérience immersive !
L’Inde : une révélation
En 2012, un voyage en Inde transforme profondément sa manière de peindre et de créer. Fascinée par ce pays, l’artiste est particulièrement marquée par les visages rencontrés. Elle observe des regards graves associés à des sourires lumineux.
Béatrice Mazzuri souhaite rendre justice à ces personnages et met au point une technique personnelle qui associe photographie, peinture et impressions. Les différents temps de séchage, les superpositions et les jeux d’impression participent à la naissance de la toile. L’image apparaît sans jamais être entièrement dévoilée. Elle semble surgir de la matière, comme un souvenir ou une apparition.
Le tableau comme miroir
La spiritualité occupe une place essentielle dans la démarche de Béatrice Mazzuri. Pour elle, l’art est avant tout une rencontre entre deux êtres profonds : celui qui crée et celui qui regarde. L’œuvre agit comme un miroir.
Elle porte une part de l’artiste, mais elle renvoie aussi le spectateur à ses propres émotions, à ses souvenirs et à son histoire personnelle.
Dans ses recherches récentes, elle imprime ses tableaux dans des blocs transparents capables de tenir debout. Le spectateur peut ainsi se voir dans l’œuvre et avoir la sensation d’en faire partie !
Récompensée récemment par un premier prix consacré aux nouvelles techniques à Cannes, Béatrice Mazzuri n’a de cesse de chercher le moyen de faire surgir, derrière les formes visibles, la mémoire secrète des êtres et des lieux.

