Portraits

« N’ayant nul besoin de lumière pour voir l’œil se dépêche. Avant qu’il fasse nuit. C’est ainsi. Ainsi qu’il se dément. Puis assouvi – puis assoupi sous sa paupière champ libre à la déraison. Que peuvent-ils bien encercler si ce n’est elle ? Attention. Elle qui ne lève plus les yeux les lève et en voit. Immobiles ou s’éloignant. S’éloignant. Ceux qui vus de trop près reprennent leurs distances. En même temps que d’autres s’avancent. Ceux dont son errance l’éloigne. Jamais elle n’en vit faire un pas vers elle. Ou elle oublie. Elle oublie. Et voilà qu’ils le font. Sans se rapprocher. Ainsi la gardent-ils au centre. A peu près. Que peuvent-ils donc encercler si ce n’est elle ? De leur cercle d’où elle disparaît sans entrave. D’où ils la laissent disparaître. Au lieu de disparaître avec elle. Ainsi se déraisonne. Pendant que l’oeil couve sa pitance. Assoupi dans son noir à lui. Dans le noir général.

(Samuel Beckett   Mal vu Mal dit )

Peinture sur base photographique

La photo de départ n’est qu’un prétexte, un appel. Effacée pour ne réapparaître que de façon partielle et aléatoire, elle inspire des formes et des couleurs qui sont appliquées sur elle au point de la faire presque disparaître. Quelquefois, 2 photos sont superposées, au départ, et créent un effet de trouble qui s’accentue avec le travail de couleur et de matière qui est effectué sur sa base effacée.

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Oeuvres

© 2018 - Béatrice Mazzuri